30 août 2008

Le destin c'est simplement la forme accélérée du temps.


Der Mönch am Meer, Caspar David Friedrich, 1809.

Souvent perçu comme un fondateur de secte froid et intolérant, Jean Calvin, demeure, malgré la quantité et la qualité des ouvrages qui lui sont consacrés, l'une des figures les plus mal connues et les plus mal jugées de l'histoire du christianisme. Il faut dire aussi que Calvin n'a lui-même pas facilité la tâche de ses historiographes en évitant presque systématiquement de se mettre en avant dans ses écrits. Au contraire de Luther qui n'hésite jamais, notamment dans sa correspondance, mais aussi parfois dans ses sermons, à dévoiler ses états d'âme, ses angoisses, ses peines, ses joies et ses aspirations, Calvin ne cherche, toute sa vie durant, qu'à se rendre presque totalement transparent, à s'effacer devant Dieu pour mieux lui rendre justice et se faire exclusivement le vecteur de la Parole.


Ces attitudes opposées sont elles-mêmes le reflet de deux théologies différentes.

Luther est toujours soucieux de faire comprendre à son auditeur ou à son interlocuteur que Dieu est avant tout « Dieu pour toi » : il est plus fécond de s'interroger sur le travail de Dieu, de sa Parole et de son Esprit en chacun de nous que sur l'essence de Dieu lui-même. On pourrait en effet dire qu'avant même d'être un théologien, Luther est un pasteur, qui considère la cure d'âme comme sa principale tâche, et n'hésite donc pas à recourir au témoignage, qui n'est pas un simple étalage de ce qu'il peut vivre, mais plutôt une analyse de sa propre expérience de croyant, convaincu que cela peut être très utile à l'édification et au réconfort des fidèles. Calvin en revanche, toujours troublé par cette énigme qu'est Dieu, saisi par l'incompréhensible grandeur de son amour, cherche à sonder les recoins les plus obscurs de la foi : dès 1534, il rédige un petit traité De Psychopannychia, « par lequel est prouvé que les âmes veillent et vivent après qu'elles sont sorties du corps contre l'erreur de quelques ignorants qui pensent qu'elles dorment jusqu'au jour du jugement ». Paru en latin en 1542 et traduit en français en 1558, ce traité au sujet mystérieux montre le goût de cet intellectuel, proche un temps des humanistes, pour l'énigme théologique.

L'attention particulière portée par Calvin au problème de la prédestination s'inscrit dans cette logique. Mais il faut aussi souligner que si Calvin développe ce thème avec tant de soin, c'est parce que face aux oppositions, il est obligé de préciser sa doctrine. Dans la première édition de l'Institution de la religion chrétienne, paru en 1536, on chercherait en vain un exposé systématique sur la prédestination ; ce n'est que dans l'édition de 1539 que Calvin consacre un chapitre à ce problème, qui ne cessera de grossir au fil des éditions ultérieures de l'oeuvre, jusqu'en 1559. Ce chapitre est complété par deux traités spécifiques, De la prédestination éternelle de Dieu (1552) et La congrégation sur l'élection éternelle (1562).

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